Claude Monet à Giverny : l’art de vivre en couleur

84 Rue Claude Monet Giverny

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En 1883, Claude Monet pose ses valises à Giverny avec sa famille recomposée. Pendant 43 ans, il transforme une simple maison paysanne en un chef-d'œuvre vivant. De la façade rose aux volets verts, du jardin foisonnant au paisible étang aux nymphéas, tout ici devient matière à peinture. Et plus qu’un atelier, Giverny devient sa maison, son refuge, son monde.

 


L'HISTOIRE EN BREF

Monet invente son lieu de vie

Le village de Giverny en 1889, vu par le peintre impressioniste Théodore Robinson 

Lorsque Claude Monet découvre Giverny depuis la fenêtre d’un train, il a déjà beaucoup voyagé. Du Havre à Paris, de Vétheuil à Argenteuil, il a peint, exposé, fui ses créanciers, changé de maison au gré des ventes de toiles. Il rêve désormais de stabilité, d’un lieu à lui, pour lui, et pour Alice Hoschedé et leur tribu de huit enfants. Un jour de printemps 1883, en descendant du train à Vernon, il décide d’explorer les alentours. Attablé à la terrasse d’un café avec un pichet de cidre, il discute avec les habitants du village. On lui parle d’une ferme libre, au lieu-dit le Pressoir. Une maison longue, bordée d’un potager et d’un verger. C’est là. Monet le sait immédiatement.

Claude Monet peignant à l'orée d'un bois, avec Alice Hoschedé. Peinture de John Singer Sargent  en 1885

La maison est simple, un peu délabrée, mais ouverte sur la lumière et la verdure. Elle dispose d’un verger, d’un potager, et surtout d’une situation idéale, à la fois proche de la nature et des commodités : les écoles pour les enfants, le train pour Paris. Claude Monet y voit tout de suite un lieu propice à la création, au calme, à la vie familiale. Il signe un bail avec le charpentier Louis-Joseph Singeot, héritier de la propriété. Et voilà Claude Monet installé à Giverny, avec Alice, ses deux fils et les six enfants d’Alice, dans ce qui deviendra le cœur battant de son œuvre et, plus largement, le centre du monde impressionniste.

Peindre la lumière et vivre dans la couleur

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Monet n’est pas qu’un peintre du paysage. Il devient ici le créateur de ses propres sujets. Il agrandit la maison, repeint les volets en vert, la façade en rose, installe une pergola couverte de rosiers grimpants, fait pousser la vigne vierge sur les murs. Tout doit dialoguer avec la lumière. À l’intérieur, les pièces deviennent autant d’ambiances : la cuisine bleue aux carreaux de Rouen, la salle à manger jaune citron, baignée de soleil et ornée de faïences colorées. Le salon bleu, où l’on lisait, rêvait, recevait. Le salon atelier, transformé plus tard en galerie, où Monet suspendait ses œuvres mais aussi celles de ses amis : Renoir, Cézanne, Pissarro, Manet, Morisot.

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Le salon atelier de Claude Monet 

Dans la demeure, chacun a son espace : les filles d’Alice dorment à l’étage, les garçons dans les combles. Monet vit dans une pièce spacieuse, baignée de lumière. Il y veut les volets toujours ouverts. La lumière, chez lui, est une obsession. Et partout, des estampes japonaises. Il en possède plus de 200, choisies avec un œil de collectionneur. La maison devient un monde à part, orchestré comme une toile vivante, où chaque teinte, chaque angle, chaque heure du jour révèle un autre visage de l’harmonie. La maison est vivante : Alice y veille avec autorité et dévouement. Elle organise les repas, les corvées, les visites. Femme de caractère, elle tient cette grande famille avec une rigueur discrète. Les repas réunissent tout le monde autour de la grande table de la salle à manger, et accueillent parfois les amis célèbres du peintre : Rodin, Clemenceau, Caillebotte, Renoir. On y parle art, politique, fleurs, en buvant du vin de Bourgogne ou du cidre local.

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Visite de la salle à manger jaune  de la maison de Giverny

Pour aller encore plus loin, Monet aménage d'abord un atelier dans une ancienne grange attenante à la maison, qu’il transforme en lieu de travail et d’entreposage pour ses toiles. Mais en 1915, alors que sa peinture devient de plus en plus monumentale, il fait construire un nouvel atelier, vaste et lumineux, au fond de son jardin. Cet atelier monumental est spécialement conçu pour accueillir ses toiles les plus grandes, notamment les célèbres Nymphéas destinés à l’État. Baigné de lumière naturelle, cet espace devient son sanctuaire créatif. Il y travaille debout, plusieurs heures d’affilée, même affaibli par l’âge ou la maladie. Les murs sont tapissés de toiles en cours. Il y règne un silence quasi sacré. Cet atelier devient le lieu ultime de son expression artistique, là où la nature et la peinture ne font plus qu’un. En 1890, Monet achète enfin la maison. Il ne la quittera plus.

Giverny : le jardin merveilleux de Monet

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Dès son arrivée, Monet transforme le Clos normand, l’ancien potager attenant à la maison. Il arrache les buis, plante des capucines, des roses, des iris, des tulipes, des pivoines. Il crée des perspectives, joue des masses colorées comme sur une toile. Il compose ici son plus beau tableau vivant. 

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Reconstitution du tableau « Les Pivoines » de Claude Monet, le 24 avril 2018 à Giverny. 

Mais son rêve prend une nouvelle dimension en 1893. Il achète un terrain de l’autre côté du chemin du Roy, fait détourner un bras de la rivière Epte, et crée un étang. Ce projet provoque la colère des villageois : les paysans de Giverny s’inquiètent que les nymphéas plantés par Monet ne rendent l’eau impropre à la consommation de leurs vaches. Le conseil municipal tente de bloquer le projet, au nom de la salubrité publique. Monet se défend, invoque son droit à créer, et écrit directement au préfet de l’Eure. Grâce à ses amitiés bien placées, notamment avec Georges Clemenceau, il obtient l’autorisation. Les travaux peuvent commencer.

Claude Monet dans son jardin vers 1917 

Le jardin d’eau naît : nymphéas, saules pleureurs, pont japonais peint en vert, érables, bambous. Monet y plante aussi des lys d’Égypte, d’Amérique et de France, pour varier les teintes. Il engage un jardinier exclusivement dédié à l’entretien de l’étang, chargé de retirer chaque feuille morte, de lutter contre les rats d’eau. Il peint, repique, dessine des schémas à ses jardiniers, commande des graines rares, compose son jardin comme une toile, et peint ses toiles comme un prolongement de son jardin. À Giverny, Monet ne copie plus la nature. Il la façonne.

De la lumière naît l'ombre

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Le peintre Claude Monet au travail pour le tableau monumental Nymphéas dans son atelier de Giverny vers 1918

Alice meurt en 1911. Son fils Jean en 1914. Blanche, sa belle-fille et élève, revient alors vivre à Giverny. Jusqu’au bout, elle veille sur lui. Monet devient presque aveugle à cause de la cataracte, mais continue de peindre. Dans l’atelier monumental, il crée les Grands Nymphéas, destinés à l’État français. Offerts à la France après la Grande Guerre, ces toiles sont installées selon ses indications à l’Orangerie des Tuileries. En 1926, à 86 ans, Monet s’éteint dans sa chambre, dans les bras de son ami, Georges Clemenceau. Après sa mort, c’est Blanche qui entretient la maison jusqu’en 1947. Michel Monet, son fils, hérite du domaine, mais n’y vit pas. Le jardin se couvre de ronces, les serres s’effondrent, l’étang s’envasent, le pont japonais pourrit dans l’eau noire.

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La salle des Nymphéas de Monet au Musée de l'Orangerie 

En 1966, Michel meurt à son tour. Il lègue Giverny et tout son contenu à l’Académie des beaux-arts. En 1977, Gérald Van der Kemp, ancien conservateur de Versailles, lance un appel aux dons. Grâce aux mécènes américains, la maison et les jardins sont restaurés à l’identique. 

Portrait de Claude Monet vu par Albert André en 1922 

Depuis 1980, la Fondation Claude Monet accueille les visiteurs du monde entier. Les œuvres nées à Giverny sont aujourd’hui conservées dans les plus grands musées du monde : l’Orangerie, le musée Marmottan Monet, le musée d'Orsay, ou encore le MoMA à New York. Ainsi, Giverny est devenu bien plus que le lieu de création d'un maître de la peinture : c’est le centre du monde de l’impressionnisme, un lieu de culture éternelle qui célèbre l'amour de la nature, de l’art et de la lumière. Les visiteurs qui ont la chance de visiter cette maison et son jardin peuvent y retrouver les couleurs d’un homme, d’une œuvre. D’un lieu devenu indissociable de l’histoire de l’impressionnisme.


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