Paris, 14 avril 1834 : Le massacre oublié de la rue Transnonain

62 Rue Beaubourg Paris

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Le 14 avril 1834, au cœur du quartier du Marais à Paris, l'armée française réprime dans le sang une insurrection républicaine contre la Monarchie de Juillet. Dans un immeuble du 12 rue Transnonain, des soldats massacrent sans distinction hommes, femmes et enfants, accusés à tort d’avoir soutenu la révolte. Ce crime d’État, immortalisé par l’artiste Honoré Daumier dans une lithographie saisissante, incarne la brutalité de la répression exercée par Louis-Philippe Ier et son gouvernement contre toute contestation populaire.

 


L'HISTOIRE EN BREF

Un climat d'insurrection sous la Monarchie de Juillet

 Une barricade durant la seconde révolte des canuts de 1834. Illustration de la seconde révolte des canuts. Huile sur toile de Claude Bonnefond, Musée Gadagne à Lyon.

Depuis 1830, la France est dirigée par le roi Louis-Philippe Ier, dont le régime tente de neutraliser toute opposition républicaine. Mais la misère ouvrière grandit et les mouvements populaires s'organisent, notamment à Lyon, quand en avril 1834, débute la seconde révolte des Canuts. Une situation rendue explosive alors que le gouvernement fait adopter des lois répressives, limitant le droit d’association et renforçant la censure de la presse. Ces mesures attisent la colère des républicains et des ouvriers. À Paris, la Société des Droits de l’Homme appelle à la résistance, tandis que des pamphlets clandestins circulent dans les quartiers populaires, incitant à l’insurrection.

Le 13 avril, les tensions atteignent un point de rupture. Les quartiers du Marais et de Sainte-Avoye s’embrasent, des barricades s’érigent et les combats de rue débutent. Face à cette montée de la révolte, Adolphe Thiers, ministre de l’Intérieur, adopte une posture intransigeante et ordonne la répression immédiate. Il envoie l'armée, dirigée par le général Bugeaud, avec pour mission d’anéantir toute résistance sans discernement. Les ordres sont clairs : écraser l’insurrection à tout prix.

Le massacre du 12 rue Transnonain

Le massacre de la rue Transnonain en 1834 à Paris, répression des ouvriers insurgés. Gravure de Jules Gaildrau. 

Le 14 avril 1834, les soldats du 35e régiment d’infanterie avancent dans Paris pour mater la rebéllion, quand un coup de feu est tiré depuis un immeuble du n°12 de la rue Transnonain, blessant gravement un officier. Croyant avoir affaire à des insurgés embusqués, les militaires organisent la riposte. Le lendemain matin, à l'aube, les soldats pénètrent de force dans l’immeuble et exécutent tous ses occupants sans distinction. Des familles entières sont massacrées dans leur sommeil, certains tentant de fuir avant d’être abattus par balle. Les corps sont mutilés, certains achevés à la baïonnette ou au sabre.

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Le 12, rue Transnonain. (62, rue Beaubourg), vers 1900. peinture de G Albaret.  

Au matin, le spectacle est d’une horreur indicible : au moins quatorze victimes sont recensées. Dans les appartements des hommes, des femmes et des enfants gisent dans le silence glaçant de l’immeuble dévasté. Jean Breffort, fabricant de papier peint, est retrouvé mort aux côtés de sa femme Annette Besson et de leur fils Louis, dont le corps sera retrouvé sous celui de son père. Aucune preuve ne démontre que l’un des habitants ait tiré sur les militaires, mais l’ordre de représailles a été appliqué avec une brutalité extrême. En seulement quelques minutes, le régime monarchique vient de commettre une bavure militaire effroyable, qui marquera à jamais la mémoire des opposants à Louis-Philippe.

Une répression effacée de la mémoire collective

 Lithographie d'Honoré Daumier représentant le massacre du 15 avril 1834  dans la rue Transnonain.

Loin d’être un secret d’État, ce massacre suscite l’indignation des républicains. En juillet 1834, l’artiste Honoré Daumier réalise une lithographie saisissante intitulée Rue Transnonain. Son dessin dénonce la barbarie militaire : un homme gît sur son enfant, des cadavres sont dispersés dans une pièce silencieuse. Mais le gouvernement veille. Sur ordre de la police royale, l’œuvre est immédiatement censurée et ses exemplaires confisqués dans les imprimeries.

Quant aux responsables du massacre, aucun ne sera jamais inquiété. Adolphe Thiers, ministre de l’Intérieur, justifiera plus tard la répression, affirmant qu’elle était "nécessaire au maintien de l’ordre". Ce silence officiel scelle l’impunité des responsables et envoie un message clair : toute tentative de soulèvement sera matée sans pitié, quel qu’en soit le prix humain. En 1835, un vaste procès politique condamnera uniquement les insurgés de Paris et Lyon.

Au dessus du N° 79 de la rue Beaubourg, la signalisation de l'ancienne rue Transnonain est toujours visible. 

Avec le temps, le massacre tombe dans l’oubli, éclipsé par d'autres événements de l'histoire nationale et effacé des manuels scolaires. Aucun monument officiel ne vient rappeler ce drame, et le silence des institutions contribue à son invisibilisation. En 1851, la rue Transnonain disparaît sous le nom de rue Beaubourg. Aujourd’hui, sur la facade du 62 rue Beaubourg ( emplacement actuel du 12 rue Transnonain) rien ne vient rappeller les faits de l’une des pires répressions de la Monarchie de Juillet. Ce massacre oublié de 1834, vient pourtant s’inscrire dans la longue liste des répressions sanglantes, de la Commune de Paris aux révoltes contemporaines écrasées dans le sang.


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