Maurice Leblanc et le Clos Lupin : le refuge du gentleman cambrioleur
15 Rue Guy de Maupassant Étretat
En 1918, Maurice Leblanc pose définitivement ses valises à Étretat, dans une élégante maison anglo-normande qu’il rebaptise "Le Clos Lupin". Entre ces murs, il façonne les ultimes aventures de son gentleman cambrioleur, transformant sa demeure en véritable sanctuaire littéraire. Aujourd’hui musée, ce lieu raconte encore l’histoire d’un écrivain qui a su faire d’Étretat le décor mythique d’Arsène Lupin.
L'HISTOIRE EN BREF
Maurice Leblanc en quête d’une planque
Etretat et ses falaises devenues le refuge de Maurcie Leblanc
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la vie parisienne lasse Maurice Leblanc. Né à Rouen en 1864, il a grandi dans un milieu bourgeois avant de s’exiler à Paris pour vivre de sa plume. Après des années passées dans l’effervescence de la capitale, il aspire désormais à la tranquillité, loin de l’agitation et des mondanités. À 54 ans, il est au sommet de sa gloire, mais son personnage Arsène Lupin commence déjà à l’éclipser. Son besoin d’évasion est aussi personnel : la guerre l’a marqué, et il veut offrir à sa famille un cadre plus paisible. Fasciné depuis toujours par les paysages sauvages de la Côte d’Albâtre, il choisit de se retirer à Étretat, cette petite station balnéaire qu’il connaissait déjà bien. Il y séjournait souvent avant la guerre, attiré par ses lumières changeantes et l’aura de mystère qui flotte sur ses falaises. En 1918, il franchit enfin le pas et s’y installe pour de bon.
Il acquiert une charmante maison à colombages, qu’il rebaptise Le Clos Lupin, en hommage à son personnage. De son enfance rouennaise, il a gardé le goût des énigmes et des récits d’aventure, une passion qu’il transpose ici, dans ce nouvel écrin d’écriture. Sa demeure devient alors son refuge, un lieu à part où il peut enfin écrire en toute quiétude, loin des attentes du public et de la pression de son succès. L’environnement est idéal pour l’inspiration : à quelques pas, l’Aiguille Creuse se dresse fièrement face à la mer, telle une forteresse naturelle. Cette silhouette rocheuse lui avait inspiré, en 1909, l’un de ses romans les plus célèbres : L’Aiguille Creuse, où Arsène Lupin y cache le trésor des rois de France. Désormais installé à demeure, Maurice Leblanc va transformer sa maison en un véritable laboratoire d’écriture, où fiction et réalité s’entrelacent. Chaque matin, il s’enferme dans son bureau, face aux falaises, et laisse son imagination vagabonder.
Étretat, la vraie maison d’Arsène Lupin ?
Bureau de Maurice Lblanc au clos Lupin, dont les fenêtres donnent sur le jardin
Dès le seuil franchi, chaque pièce du Clos Lupin semble porter l’empreinte de son créateur. Dans son bureau, baigné de lumière et ouvrant sur le jardin, Maurice Leblanc s’installe à son écritoire chaque matin, une plume à la main et l’esprit en ébullition. Autour de lui, des manuscrits annotés, des lettres de lecteurs exaltés et des carnets remplis de notes sur ses futures intrigues. C’est ici qu’il imagine les derniers coups de maître de son gentleman cambrioleur.
Sur son bureau, une loupe et une clé ancienne traînent parmi les papiers, comme si elles venaient d’un roman de Lupin. Il griffonne des idées, esquisse des plans de manoirs mystérieux et des passages secrets, cherchant sans cesse de nouveaux stratagèmes pour son héros insaisissable. Ce lieu devient une fabrique d’intrigues, où Lupin continue de vivre et de se réinventer sous la plume de son créateur.
À quelques pas, la bibliothèque, autrefois remplie de romans d’aventure et d’ouvrages d’histoire, témoigne de sa soif de mystère et de connaissance. Il s’y plonge dans des récits de vols légendaires, d’énigmes policières et de grandes figures du crime, puis les transmute en exploits lupiniens. Ici, il puise dans le passé pour nourrir les futures ruses de son héros.
Dans les couloirs feutrés, l’atmosphère devient plus intrigante encore. Quelques objets semblent avoir été déposés là par Lupin lui-même : un haut-de-forme posé sur un fauteuil, une canne élégante et des lunettes teintées. Est-ce un simple décor ou un jeu de piste laissé en héritage ? Chaque détail semble inviter le visiteur à percer un secret.
Mais la maison n’est pas qu’un lieu d’écriture, c’est aussi un décor de roman. Chaque recoin semble dissimuler une énigme, chaque porte peut cacher un passage vers une nouvelle intrigue. Un escalier dérobé mène à une pièce secrète, clin d’œil aux planques de Lupin. Même dans sa propre demeure, Maurice Leblanc, à la manière de son héros, s’amuse à brouiller les pistes entre fiction et réalité. Étretat n’est pas seulement son refuge, c’est son terrain de jeu littéraire.
Le Clos Lupin, une histoire sans fin
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Maurice Leblanc est contraint de quitter son refuge. En 1939, il part pour Perpignan, loin de la menace de l’Occupation. Il laisse derrière lui sa maison bien-aimée, ignorant qu’il ne la reverra jamais. En 1941, il s’éteint, loin de ses falaises et de son bureau, laissant le Clos Lupin orphelin de son créateur. Les volets se ferment, la poussière s’accumule, et la maison tombe dans l’oubli, comme un roman laissé inachevé. Pendant près de 60 ans, le Clos Lupin demeure un vestige figé dans le temps. Ses pièces silencieuses, autrefois pleines de l’énergie créative de Leblanc, se vident peu à peu de leur éclat. Les visiteurs d’Étretat passent devant sans se douter qu’ici, entre ces murs, est né l’un des plus grands mythes du roman d’aventure français.
Mais en 1998, le destin du Clos Lupin prend un nouveau tournant. Racheté et restauré, il renaît avec une ambition claire : redonner vie à l’univers de Lupin et à son créateur. Chaque pièce est soigneusement réaménagée, recréant l’atmosphère intime et feutrée de l’écrivain. Le bureau retrouve ses papiers et ses notes, la bibliothèque reprend son souffle, et dans le couloir, le fameux haut-de-forme de Lupin trône en évidence, comme un clin d’œil du passé. Aujourd’hui, le musée offre aux visiteurs un parcours immersif à travers un jeu de lumière et de sons, les transportant dans l’univers du gentleman cambrioleur. Des voix murmurent les secrets de Lupin, des ombres furtives semblent hanter les couloirs, et chaque salle offre une nouvelle énigme à décrypter. Grâce à l’essor du tourisme lupinien et au succès international de la série Netflix, le Clos Lupin est devenu une escale incontournable. Plus encore, c’est un sanctuaire dans lequel l’esprit de Maurice Leblanc, continue d’inspirer rêveurs et enquêteurs en herbe. Dans ce lieu où il imaginait ses plus grandes énigmes, le mystère plane encore, prêt à défier de nouveaux visiteurs.
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