Rouen, les débuts de l’intriguant Maurice Leblanc

4 Rue du Bailliage Rouen

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Dans les rues de Rouen, aucune statue, aucune plaque digne de ce nom ne célèbre Maurice Leblanc, le père d’Arsène Lupin. Pourtant, c’est ici que tout a commencé. Entre les bancs du lycée Pierre-Corneille et les ruelles pavées du centre-ville, le jeune Maurice a forgé son goût des lettres avant de s’envoler vers Paris. Comment un génie du roman policier a-t-il pu être boudé par sa propre ville ? Retour sur une reconnaissance longtemps éclipsée.

 


L'HISTOIRE EN BREF

1918, le Lycée Pierre Corneille de Rouen où étudia Maurice Leblanc. 

Le 11 décembre 1864, Maurice Leblanc naît dans une famille bourgeoise au 2  rue de Fontenelle à Rouen. Son père, négociant en charbon, et sa mère, issue d’une riche lignée de teinturiers, lui offrent une enfance privilégiée mais marquée par la rigueur et l’exigence sociale. La famille déménage plusieurs fois, s’installant successivement rue de l’Impératrice (future rue Jeanne-d’Arc) puis rue du Bailliage, face au square Verdrel, lieu de promenade prisé des familles rouennaises. Dès son plus jeune âge, Maurice se réfugie dans les livres. Lorsqu’il passe ses vacances à Jumièges, chez son oncle maternel, il explore les ruines de l’abbaye, fasciné par les légendes qu’on lui raconte. Ce décor de pierre et de mystère éveille en lui le goût des énigmes et des histoires secrètes – un goût qui, des années plus tard, nourrira les aventures de son gentleman cambrioleur.

Adolescent, il est élève au lycée Pierre-Corneille, un établissement prestigieux où il brille en analyse littéraire et en dissertation, remportant le prix d’honneur. Il admire Flaubert et Maupassant, qu’il rencontre lors d’un événement en hommage à Flaubert au square Verdrel. Mais son avenir semble déjà tracé : son père l’imagine dirigeant une fabrique de cardes, bien loin des pages des romans qu’il dévore. Un futur trop étroit pour un esprit avide d’horizons plus vastes. Refusant cet héritage imposé, Maurice Leblanc prend une décision radicale : en 1888, il quitte Rouen pour Paris, un manuscrit dans ses bagages et des rêves de littérature en tête. Il laisse derrière lui une ville qui ne le comprendra jamais tout à fait.

Maurice Leblanc éclipsé par Mr Lupin

Maurice Leblanc en 1907

À Paris, les débuts sont difficiles. Maurice Leblanc écrit des romans réalistes et psychologiques, mais sans grand succès. Pourtant, en 1905, sa vie bascule. L’éditeur Pierre Lafitte, directeur de la revue Je sais tout, lui propose d’écrire une nouvelle policière inspirée des aventures de Sherlock Holmes. Ainsi naît Arsène Lupin, gentleman cambrioleur audacieux, aussi rusé que charismatique.

Déssin pour une couverture d'Arsène Lupin en 1907 

Le succès est immédiat. Lupin, maître du déguisement et des coups de théâtre, s’impose comme une figure incontournable du roman populaire, bientôt un phénomène mondial. Mais ce triomphe a un revers : Maurice Leblanc aspirait à une reconnaissance littéraire plus sérieuse. À son grand regret, son personnage prend le dessus, capturant la lumière et reléguant son créateur dans l’ombre. Son ancrage normand s’efface peu à peu derrière les exploits de son gentleman cambrioleur.

Rouen, le quai de Paris en 1910 

Maurice Leblanc n’a jamais été prophète en son pays. Contrairement à Flaubert, célébré à Rouen dès sa mort, il n’a jamais su trouver sa place dans l’imaginaire local. Plusieurs raisons expliquent cette indifférence. D’abord, son rejet du conformisme bourgeois rouennais. Maurice Leblanc n’a jamais caché son aversion pour cette société qu’il juge "rigide et étriquée", où seule la réussite sociale semble compter. Son départ pour Paris était aussi un exil intellectuel. Ensuite, il y a le statut même de son œuvre. À l’inverse de Flaubert ou Corneille, Leblanc n’est pas un écrivain "académique". Il n’est pas étudié à l’école, et son genre – le roman populaire d’aventure – est longtemps resté en marge de la grande littérature. Dans l’imaginaire collectif rouennais, il n’a jamais eu le prestige des "grands auteurs", et son succès mondial n’a pas suffi à le réhabiliter.

Monument à la mémoire de Gustave Falubert à Rouen. 

Même après sa mort en 1941, l’oubli persiste. Aucune cérémonie officielle, aucun monument ne lui est dédié. Il faut attendre 1988 pour qu’une rue porte enfin son nom… mais il s’agit d’une impasse modeste, quasi invisible. Aujourd’hui encore, quand on passe devant sa maison natale du 2 rue de Fontenelle, on pourrait s’attendre à un hommage visible. Pourtant, aucune plaque, aucune inscription ne rappelle aux passants que c’est ici qu’est né le père d’Arsène Lupin, comme si Rouen hésitait encore à revendiquer son héritage. Pourtant, les aventures d’Arsène Lupin continuent de briller. La série Netflix, les romans réédités, les musées consacrés à son œuvre attirent des foules. Alors que le monde entier célèbre Arsène Lupin, Rouen saura-t-elle enfin tourner une nouvelle page et honorer son créateur ? L’histoire, elle, est encore en train de s’écrire… ou de se dérober.  


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