Les Terre-Neuvas de Fécamp, les forçats de la mer
3 Quai Capitaine Jean Recher Fécamp
Pendant des siècles, les Terre-Neuvas de Fécamp ont bravé les eaux glaciales de l'Atlantique Nord pour pêcher la morue. Entre sacrifices et exploits, leur histoire est celle d'une épopée maritime qui a façonné toute une ville. Aujourd'hui, leur mémoire perdure sur les quais de ce port normand.
L'HISTOIRE EN BREF
Le port de Fécamp tourné vers le grand nord
Dès le XVIe siècle, Fécamp se mue en un carrefour maritime incontournable. La ville prospère grâce à la pêche à la morue, qui devient le moteur économique local, générant une activité intense sur les quais et dans les conserveries. Chaque année, des milliers de marins s’embarquent pour des campagnes en haute mer, affrontant des conditions extrêmes pour rapporter le précieux poisson. Mais c'est au XIXe siècle que l'épopée des Terre-Neuvas atteint son apogée : entre 1820 et 1840, plus de 10 000 pêcheurs français s'aventurent chaque saison vers Terre-Neuve, contribuant à faire de Fécamp le premier port morutier de France. Les armateurs investissent dans des flottes de plus en plus performantes, tandis que la ville s’organise autour de cette industrie florissante, avec des ateliers de salaison et de transformation du poisson qui emploient une grande partie de la population locale.
La vie des Terre-Neuvas est rude. Embarquant d'abord à bord de voiliers trois-mâts, ces hommes consacrent neuf à dix mois de leur année à traquer l'"or blanc" de l'Atlantique. Plus tard, avec l'arrivée des chalutiers à vapeur au XXe siècle, le rythme s'accélère : les campagnes sont plus courtes mais plus nombreuses, avec jusqu'à trois expéditions annuelles de plusieurs mois chacune. Le départ des marins est un rituel immuable. Sur les quais de Fécamp, les familles se rassemblent avant le grand départ, chacun comptant sur la bienveillance de Notre-Dame-de-Salut, protectrice des marins. Alors que les navires quittent le port, ils sonnent trois fois la corne, invoquant la bénédiction de la mer : "Bon vent, Bonne mer, Bonne pêche".
Le quotidien d'un Terre-Neuva : un combat contre l'océan
Pêche à la morue à bord d'une doris (un bateau à fond plat) en 1891
La pêche à Terre-Neuve est un combat quotidien contre les éléments. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, les marins pêchent à la ligne de fond : une corde longue de plusieurs centaines de mètres, garnie de milliers d'hameçons. Chaque matin, ils prennent place à bord de doris, petites embarcations instables de six mètres de long. Seuls ou à deux, ils s'éloignent du navire pour poser leurs lignes, parfois à plusieurs kilomètres du bateau principal. Dans le brouillard dense, la perte d'un doris est chose courante. Les marins n'ont alors qu'un espoir : entendre la corne de brume d'un autre bateau et être repêchés par miracle.
Equipage du voilier Raphaël,, fin XIXe-début XXe, Fécamp, musée des pêcheries.
Le retour à bord marque le début d'une véritable chaîne industrielle. En quelques heures, les hommes doivent traiter des tonnes de morue : égouttée, décapitée, tranchée, salée, la poiscaille est empilée en "arimes", ces stocks salés qui seront ramenés sur les marchés français. Le travail ne s'arrête jamais. Sur les chalutiers modernes, les marins enchaînent des quarts de 18 heures, pataugeant dans un mélange de sel et de sang, bercés par le fracas de l'Atlantique Nord.
La pêche à la morue, une mémoire en héritage
Les Morutiers de retour de Terre-Neuve sur le port de Fécamp en 1951.
Le XXe siècle marque le déclin de cette aventure humaine. L'intensification de la pêche et les nouvelles régulations mettent fin à des siècles de traditions. En 1987, le dernier chalutier terre-neuvier de Fécamp, Le Dauphin, vend son pavillon. La morue, victime de la surpêche, devient une ressource rare, et le Canada interdit finalement cette pêche en 1992. Ce fut un coup dur pour la communauté maritime de Fécamp, qui vit disparaître en quelques années une activité qui faisait battre son cœur depuis des siècles. Mais si l'époque des Terre-Neuvas appartient au passé, Le Musée des pêcheries sur le port de Fécamp, s'efforce de rappeler la bravoure de ces hommes, héros silencieux de l'Atlantique, en honorant leur mémoire.
une photo du magasin "Aux deux nations", magasin d'articles de marine réputé à Fécamp au XXe siècle.
Certains anciens pêcheurs partagent encore leurs souvenirs avec les nouvelles générations, transmettant un savoir-faire et une culture maritime qui refuse de sombrer dans l’oubli. Aujourd’hui, la ville de Fécamp continue de faire vivre cet héritage à travers des expositions, des reconstitutions et des événements dédiés à la mémoire des Terre-Neuvas. Les quais résonnent toujours des récits de ces marins d’exception, et la mer, qui les a tant pris, murmure encore leur histoire aux voyageurs qui prennent le temps d’écouter.
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