Sherman DD : L’incroyable défi des chars amphibies du Débarquement

CR8F+2R Sainte-Marie-du-Mont Manche

Voir le trajet

L'opération Overlord prévoit de lancer les chars Sherman DD à 4 km du rivage, pour appuyer l'infanterie et détruire les défenses ennemies sur les plages. Pendant les préparatifs de l’opération Overlord, les planificateurs comprennent qu'il est nécessaire d’imaginer de nouveaux outils offensifs. Ces nouvelles machines doivent être capables de renforcer la mobilité et la puissance de feu des blindés alliés.

 


L'HISTOIRE EN BREF

Les origines du char Sherman DD

THE BRITISH ARMY IN THE UNITED KINGDOM 1939-45

© IWM (H 35181)  

Vue du char Sherman DD navigant sur un lac anglais

 En avril 1943, c'est le général anglais Percy Hobart qui devient responsable de la mise en œuvre opérationnelle de la 79ème division blindée. De ce fait Hobart envisage de réaliser une série de tests en apportant des modifications à ses chars. Ses idées inventives permettent d'une part de réaliser des missions d’appui au feu, et d'autre part de servir à appuyer le déplacement des troupes. Ces nouveautés seront particulièrement utiles pendant un assaut amphibie. Ces nouveaux types de blindés sont alors surnommés les "Hobart's Funnies". A l'origine le char Sherman DD est un char Sherman M4 modifié capable de flotter grâce à une jupe de caoutchouc imperméable. Dans les faits, ce véhicule amphibie est lancé d'une barge de transport au large de la plage, et peut ainsi grâce à deux hélices rejoindre la plage en naviguant.

Engins spéciaux du Débarquement - 1

Ces blindés sont prévus pour appuyer l'attaque des premières vagues d'assaut d'infanterie sur les plages du débarquement en Normandie. C'est le général Eisenhower en personne qui est à l'origine de la fabrication des chars amphibies DD pour "Duplex Drive". D'ailleurs les initiales DD sont reprises par les soldats qui le surnomment "Donald Duck". Le programme de transformation des chars commence en janvier 1944. Les premières modifications se portent sur l’étanchéité de la coque inférieure. Puis vient le temps ou l'on ajoute des hélices à entraînement afin de propulser le char dans la mer. Enfin les ingénieurs ajoutent la jupe de flottaison autour de la coque, et l'équipent d'un système de gonflage. Ce projet est classé top secret par le haut commandement allié qui veut à tout prix conserver le secret. De ce fait les chaînes de montage sont isolées, et les nouveaux blindés amphibies sont expédiés dans des caisses de contreplaqué.

Tanks and Armoured Fighting Vehicles of the British Army 1939-45 MH3661

Char amphibie Sherman Duplex Drive avec sa juppe étanche relevée 

La base de la jupe de flottaison en toile est fixée à une plate-forme horizontale en forme de bateau. Cette plate forme en acier doux est directement soudée sur la coque du char. De plus la jupe est soutenue à la fois par des cerceaux métalliques horizontaux, et par 36 tubes de caoutchouc verticaux. Pour activer le tout, les ingénieurs ont conçu un système de gonflages à partir de bouteilles à air comprimé. En action des tuyaux amènent l'air pour gonfler les tubes en caoutchouc et ainsi rendre la jupe rigide. Au total la jupe se gonfle en 15 minutes et se rétracte rapidement une fois que le blindé a regagner la côte. A la base le système de flottaison est considéré comme jetable. De ce fait les ingénieurs supposent que l’équipage du char l’enlèvera et le jettera dès que les conditions le permettront. En pratique, certaines unités ont gardé l'équipement de flottaison, et leurs chars ont même pu réaliser plusieurs opérations amphibies.

La formation des pilotes de chars Sherman DD

THE BRITISH ARMY IN THE UNITED KINGDOM 1939-45

© IWM (H 35176)  

Un char d'assaut Valentine DD chargé sur une péniche de débarquement avant un exercice d'entraînement, Stokes Bay, Hampshire, janvier 1944

C'est à la même période que le major Duncan, et la plupart des membres des "DD Tank Battalions" suivent un mois de formation sur des chars "Valentine" amphibie. Les "Valentine" sont utilisés par la majorité des équipages américains, britanniques et canadiens dans leur formation préliminaire. Par la suite Duncan devient commandant de l'US DD Tank School. La formation débute le 15 mars 1944 avec l’arrivée des 4 premiers chars Sherman DD. Fin avril 1944, après seulement 3 mois de production, 348 chars Sherman DD sont livrés au Royaume-Uni. Cette incroyable performance permet au Major Duncan de gonfler les rangs de ses pilotes.

Les équipages étudient les phases élémentaires de l’équipement DD. Pour cela ils apprennent à imperméabiliser et à entretenir leur char. De plus ils doivent savoir utiliser le système d’évacuation des chars amphibie, ou encore à les lancer à partir de maquettes de barges de transport. Il faut environ deux semaines aux équipages pour maîtriser la navigation sur le lac. De là les hommes se déplacent à Stokes Bay en bord de mer, pour suivre un entraînement intensif de trois semaines en condition réel Le temps est venu pour eux de se préparer au vrai débarquement.

Machines De Guerre - Machines De Guerre, Dream Team T03 - 1

Les Chars Sherman DD sur les plages du débarquement

DD Swimming Tanks H35179 

LCT transportant des chars américains en 1944.

Le DD Sherman équipe huit bataillons de chars américains, britanniques et canadiens pour les débarquements du jour J. Ils sont transportés sur des LCT, des barges de débarquement destinées à l'assaut amphibie et au transport de chars de combat sur des têtes de pont. Normalement un LCT peut transporter neuf Sherman, mais peut contenir moins de Sherman DD à cause de leur volume plus important. De ce fait Les LCT britanniques et canadiens ne transportent que six chars, tandis que les Américains en transportent seulement quatre. En effet car les LCT américains sont moins longs avec leurs 37 m. Les DD sont généralement lancés à environ trois kilomètres du rivage. Ils doivent alors nager vers les plages et une fois sur terre neutraliser les défenses allemandes. Pour ce char le bilan du jour J  est un mélange de succès et d’échec. L'Histoire retient surtout leur performance désastreuse sur Omaha Beach.

Le char Sherman sur Sword Beach

House to house fighting at Riva Bella near Ouistreham 

Le 6 juin 1944, les commandos se livrent à des affrontements avec les Allemands à Riva Bella, près de Ouistreham. Les chars Sherman DD fournissent appui et couverture aux soldats.

Sur Sword Beach qui se trouve à l’extrémité est de la zone d’invasion, la mer est relativement calme. Ceci fait que les opérations utilisant les chars DD fonctionnent relativement bien. Les blindés des escadrons A et B des 13e et 18e Royal Hussars sont lancés à 4 km du rivage. Cinq d'entre eux ne peuvent être lancés de leur LCT. En effet un Sherman qui doit sortir en premier du LCT a déchiré sa jupe de protection, et son emplacement empêche les autres chars de sortir. Côtés incidents on compte aussi un tank qui coule après avoir été percuté par un LCT. Lancés à 4 km de la plage, 32 des 34 chars atteignent la plage et apporter la couverture attendue par l'infanterie. L'utilisation des Sherman DD sur Sword Beach permet de limiter les pertes sur cette plage. En effet, les fantassins débarquent avec succès après ces chars un peu spéciaux qui parviennent à nettoyer la plage.

Le char Sherman sur GOLD Beach

German POWs being escorted along one of the Gold area beaches, 6 June 1944. 

Sur Gold Beach, la mer est plus agitée et les Landing craft tank débarquent les chars directement sur la plage plutôt que de risquer de les lancer en mer. En conséquence, au lieu d'être les premières unités à terre, les DD débarquent en même temps que les autres chars de combat. De plus les chars du Nottinghamshire sont lancés en retard à environ 700 m du rivage. Huit chars sont perdus en chemin. Au moment où débarquent les tanks restants, les chars Sherman Crab ont déjà détruit les positions d'artillerie et de mitrailleuses allemandes faisant partie de l'objectif. Cependant les canons antichars allemands causent de lourdes pertes dans certains secteurs de la plage. Mais dans sa globalité l'assaut est une réussite.

Le char Sherman sur JUNO Beach

Follow-up waves of the 9th Canadian Infantry Brigade disembarking with bicycles from landing craft onto 'Nan White' sector of Juno Beach at Bernieres-sur-Mer, 6 June 1944. A23938 

Côté canadien sur Juno Beach, le "Fort Garry Horse" et le "1st Hussars" sont équipés de DD. Mais seuls ceux du "1st Hussars" peuvent être lancés. Ils sont affectés à la 7e brigade canadienne qui doit débarquer à l'extrémité ouest de la plage. Certains des chars sont lancés à 4 000 m, et d’autres à seulement 700 m. Dans cette traversée vers le rivage, 21 des 29 chars atteignent la plage. En raison d'une mer agitée la 8e brigade canadienne est forcée de débarquer sans chars DD à l'extrémité est de la plage. Ils subissent de lourdes pertes au début, mais peuvent néanmoins progresser. À Juno Beach, les Sherman DD arrivent juste après la première vague d'assaut qui par conséquent subit de lourdes pertes.

Le char Sherman sur UTAH Beach

DD tanks on Utah beach.jpg

Chars Sherman DD débarquant sur UTAH beach le 6 juin 1944

À Utah Beach, les DD sont utilisés par le 70ème bataillon de chars. Le soutien blindé est réduit de quatre DD lorsque leur LCT est détruit par un tir d'artillerie allemand. Les chars restants sont lancés avec 15 minutes de retard, à environ 1 000 mètres de la plage. 27 chars DD sur 28 ont atteignent la plage. Cependant à cause de l’énorme brouillard causé par les fumées, des blindés débarquent à environ 2 Km de leur objectif et de ce fait ne rencontrent qu'une très faible opposition allemande. Vers 7h45, le 3ème bataillon débarque à Red Beach, et se dirige peu de temps après vers la sortie n°2.

Désormais cette sortie désigne que c'est l'itinéraire à emprunter par les autres véhicules pour se rendre à l'intérieur des terres. Une partie du 70ème bataillon de chars dont les DD Sherman se retrouvent alors coincés dans un énorme embouteillage en sortie de plage. Cet embouteillage cause des retards pour l'arrivée des renforts devant soutenir des opérations en cours à l'intérieur des terres. Sur Utah Beach, deux escadrons de DD devaient précéder le débarquement de l'infanterie. 4 chars DD ont été détruits lorsque leur LCT a touché une mine et a coulé. Les 28 chars restants sont arrivés sur la plage avec succès. Cependant, les LCT des chars DD ont été rattrapés par les barges de débarquement plus rapides de l'infanterie et sont donc arrivés 15 minutes après le débarquement initial de l'infanterie.

Le char Sherman sur OMAHA Beach

DD Floating Tank, June 1944 (14158275310).jpg
Chars Sherman DD embourbé sur Omaha Beach.

À Omaha Beach, presque tous les chars lancés au large ont été perdus. Cette absence va contribuer au nombre élevé de victimes et à la lenteur de la progression sur cette plage. La première vague sur Omaha compte112 chars dont 64 DD. Ces chars sont dédiés au 741eme et 743eme bataillons de chars. Chacun de ces bataillons possède 32 DD et 24 autres Sherman, dont de nombreux bulldozers Sherman pour l'élimination des obstacles. Vers 5h40, le 741e bataillon met à l'eau 29 DD. Sur ces 29 chars, 27 coulent,et seulement deux atteignent la plage. Pendant qu'ils coulent, certains équipages réussissent à prévenir par radio les unités suivantes de ne surtout pas se lancer de si loin.

Les véhicules restants du 741e bataillon et tous les chars du 743e bataillon arrivent directement sur la plage vers 6 h 40. Les tanks DD sont conçus pour fonctionner dans une mer très calme avec des vagues de 30 cm. Mais le jour J, les vagues atteignaient près de 2 m de haut. Ces conditions sont bien pires que celles dans lesquelles les chars ont été testés et par conséquent ils se retrouvent vite submergés. De plus les chars du 741e bataillon sont lancés bien trop loin. Et en effet puisqu'ils partent à environ 5 km au large des côtes. Ces facteurs sont à rajoutés aux difficultés inhérentes à la conduite d’un petit "navire" de 35 tonnes. Les équipages sont équipés d'un appareil respiratoire d'urgence leur permettant de tenir 5 minutes. De plus les chars sont équipés de radeaux pneumatiques. Certaines sources affirment que ces mesures de sauvetage sont inefficaces. Mais cela est contredit par le témoignage des survivants. En effet la plupart des équipages sont secourus, principalement par les péniches de débarquement transportant des troupes. 

D-DAY - Récit heure par heure du débarquement - 1

Le Sherman DD,  un pari audacieux aux résultats contrastés

L’histoire du char Sherman DD illustre à la fois l’ingéniosité militaire et les défis imprévus du Débarquement. Conçu comme une arme révolutionnaire, capable d’apporter un soutien immédiat à l’infanterie sur les plages normandes, ce blindé amphibie a connu des fortunes diverses selon les secteurs. Si son déploiement sur Sword, Gold, Juno et Utah Beach a permis aux troupes alliées de bénéficier d’un appui crucial, son échec retentissant à Omaha Beach a contribué aux pertes élevées subies par les premières vagues d’assaut.

Ce destin contrasté rappelle que, même avec les avancées technologiques et les préparatifs minutieux, la guerre reste imprévisible et soumise aux conditions du terrain. Aujourd’hui, le Sherman DD demeure un symbole des défis logistiques du Jour J, et témoigne de l’ingéniosité alliée dans la conception de nouvelles armes adaptées aux opérations amphibies. Son rôle dans l’Opération Overlord est une pièce essentielle du récit du Débarquement, marquant l’une des nombreuses innovations qui ont permis la libération de l’Europe.


Chars et vehicules blindes - 1

Note aux lecteurs

Les livres que nous vous proposons à travers l'article sont vendus en affiliation avec nos partenaires commerciaux. Ce sont les commissions que nous touchons sur chaque vente, qui permettent de financer Ystory dans la construction de cette mémoire collective multimédia.


POUR SE REPÉRER

 


APPEL À CONTRIBUTION

Ce sujet mérite sûrement un article complet !

Vous connaissez son histoire par cœur ?

Alors venez nous la raconter en détail ! Nous vous invitons à rejoindre notre communauté de passionnés, en venant partager vos connaissances sur Ystory. En participant à ce projet, vous contribuerez non seulement à faire vivre l'histoire des sujets qui vous passionnent, mais aussi à enrichir la base de données de notre mémoire collective !