
Le maquis du Vercors : les sommets de la résistance
3425 Rte du Col de la Chau Vassieux-en-Vercors
« Sur ce vaste plateau, des Français de toutes origines et de toutes opinions se groupent et s'unissent avec la seule ambition d'échapper à la servitude... » - Le commandant Pierre Tanant
Juin 1944. Tandis que le débarquement en Normandie redonne espoir à la France occupée, un autre front de la guerre se joue dans les montagnes du Vercors. Depuis 1941, le territoire accidenté du Vercors est devenu un refuge pour les maquisards, ces combattants de la Résistance prêts à tout pour défendre la liberté contre l’occupant nazi. Mais en juillet 1944, la proclamation de la "République libre du Vercors" attire la riposte allemande. Le Reich lance alors une offensive impitoyable pour écraser ce bastion de la Résistance et étouffer tout espoir de soulèvement dans les régions voisines.
L'HISTOIRE EN BREF
Le Vercors, un refuge transformé en bastion de la Résistance
Affiche de propagande allemande
Dès 1942, le Vercors devient un refuge pour les réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO) et les persécutés du régime de Vichy. Avec ses falaises abruptes et ses forêts denses, il offre une protection naturelle contre l’occupant. Mais au-delà d’un simple abri, certains y voient un potentiel stratégique pour la libération du pays.
L’architecte Pierre Dalloz et l’écrivain Jean Prévost développent l’idée d’un plan militaire audacieux : transformer le Vercors en forteresse de la Résistance, un point d’appui pour un éventuel débarquement allié en Provence. Ce projet, baptisé "plan Montagnards", est validé par Jean Moulin et le général Delestraint, chef de l’Armée Secrète. L’idée est simple : lorsque les Alliés débarqueront, les maquisards du Vercors mèneront des offensives pour désorganiser les troupes allemandes et libérer la région.
B17 larguant du matériel destiné aux maquis (USSTAF photographer — IWM database, photo no. EA 34185, Domaine public, Lien)
Dès 1943, la résistance s’organise. Les premiers camps de maquisards s’installent au cœur du massif, encadrés par des officiers aguerris comme François Huet, futur chef militaire du maquis. Les effectifs croissent rapidement, surtout après la mise en place du STO, qui pousse des milliers de jeunes Français à fuir le régime de Vichy et à rejoindre les rangs de la Résistance.
La République libre du Vercors : un espoir fragile
Les maquisards en embuscade. Source https://www.vercors-resistance.fr
Le 6 juin 1944, le débarquement allié en Normandie déclenche une vague d’enthousiasme parmi les résistants du Vercors. Les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), désormais forts de 4 000 combattants, verrouillent les accès au massif et proclament la "République libre du Vercors". Pour les maquisards, il s’agit d’un premier territoire libéré, un symbole fort de la résistance française.
Les parachutages alliés permettent d’équiper en partie les résistants, mais les troupes aéroportées promises par les Alliés ne viendront jamais. Malgré les avertissements de Londres, les chefs du maquis maintiennent leur position, convaincus qu’ils seront bientôt soutenus par une offensive alliée en Provence. En réalité, le Vercors devient un objectif prioritaire pour les nazis. Pour l’armée allemande, cette zone libérée est une menace à éradiquer. Le général Karl Pflaum, commandant de la 157e division alpine, prépare une offensive massive.
Le 21 juillet 1944, l’opération Bettina est déclenchée. Plus de 15 000 soldats allemands, appuyés par des parachutistes et des troupes de montagne, convergent vers le massif. L’attaque est menée sur trois fronts :
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Par les airs : des planeurs allemands atterrissent à Vassieux-en-Vercors, où des Waffen SS massacrent les habitants et les résistants blessés.
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Par les routes : les forces allemandes avancent depuis Saint-Nizier-du-Moucherotte et les villages environnants, assistées par la Milice française, qui traque les résistants et identifie les habitants suspectés de complicité avec le maquis.
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Par les cols : des unités d’infanterie de montagne prennent les crêtes du Vercors et encerclent progressivement les maquisards.
Le massacre du Vercors : une tragédie de la Seconde Guerre mondiale
Drapeau de la République libre du Vercors (juin-juillet 1944).
Face à cette offensive écrasante, la résistance s’effondre. Submergés par un ennemi en surnombre et mieux équipé, les maquisards livrent un ultime combat. Mais à court de munitions et sans renforts, ils doivent se résoudre à l'inévitable. Le 23 juillet, l’ordre de dispersion est donné. Commence alors une traque sans merci. Pourchassés dans les forêts et les montagnes, les maquisards tombent un à un sous les balles ennemies. Les capturés, eux, sont exécutés sans pitié. Avant l’attaque, la population locale joue un rôle clé dans le soutien aux maquisards : ravitaillement en vivres et vêtements, transmission d’informations sur les mouvements allemands, hébergement des combattants dans les fermes isolées. Mais cette solidarité a un prix terrible.
Dès l’invasion, les nazis s’acharnent sur la population : à Vassieux, les soldats du Reich exécutent les habitants, incendiant méthodiquement le village. À La Chapelle-en-Vercors, 16 otages sont fusillés. Dans la grotte de la Luire, où un hôpital de fortune avait été aménagé avec l’aide des habitants, les blessés et leurs soignants sont massacrés. En tout, 573 maisons sont incendiées, plongeant le Vercors dans les cendres. Sous les ordres de Vichy, la Milice française accompagne les nazis dans leur répression sanguinnaire. Arrestations, pillages, exécutions sommaires : elle traque sans relâche ceux accusés de soutenir les maquisards.
Le Vercors, un lieu de mémoire incontournable en France
Après la guerre, ce territoire marqué par la souffrance est érigé en sanctuaire du souvenir. En 1945, la reconstruction commence, mais le souvenir du massacre demeure. Aujourd’hui, la nécropole nationale de Vassieux et le mémorial de la Résistance du Vercors perpétuent l’histoire de ce combat héroïque. Les ruines de Valchevrière restent figées dans le temps, témoignage de la tragédie de juillet 1944.
Vue extérieure du mémorial de la résistance à Vassieux-en-Vercors (source wikipedia, photo Philetjosie)
Malgré sa chute, le Vercors demeure un symbole intemporel du courage et du sacrifice. Son histoire, empreinte de douleur et de bravoure, continue d'inspirer les générations futures. Chaque année, cérémonies et commémorations honorent la mémoire des maquisards du Vercors. Ce massif n’est pas seulement un lieu de mémoire : il incarne le courage d’hommes et de femmes tombés pour la liberté. Symbole éternel de la Résistance, il demeure ancré dans l’histoire et gravé à jamais dans la mémoire collective.
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