
La tour Saint-Nicolas : six siècles d’histoire sur le Vieux-Port de La Rochelle
Tour Saint-Nicolas Tours du Port La Rochelle
Depuis plus de six siècles, la tour Saint-Nicolas veille sur l’entrée du Vieux-Port de La Rochelle. Conçue comme un rempart imprenable face à l’Atlantique, elle a défié le temps et les conflits. De son édification mouvementée à ses batailles historiques, en passant par son rôle de prison et ses restaurations, elle incarne l’âme maritime et défensive de la ville.
L'HISTOIRE EN BREF
Un défi architectural pour défendre le port
Représentation de la Bataille de la Rochelle de 1372 (Paris, BnF)
Au XIVe siècle, La Rochelle est l’un des plus importants ports du royaume de France. Son emplacement stratégique sur la côte atlantique en fait une porte d’entrée commerciale convoitée, mais aussi une cible pour les ennemis du roi. Pour protéger ce joyau, le roi Charles V ordonne la construction d’une imposante tour fortifiée à l’entrée du port. Les travaux débutent vers 1340, mais rapidement, un problème majeur apparaît : le sol marécageux sur lequel repose l’édifice ne peut pas supporter son poids. Pour stabiliser la construction, les architectes installent une base de pieux de chêne enfoncés dans la vase, renforcés par des pierres. Mais malgré ces précautions, la tour s’incline légèrement vers l’est, un défaut qui lui vaudra plus tard son surnom de « tour penchée ».
Alors que la construction touche à sa fin, La Rochelle devient un enjeu majeur entre la France et l’Angleterre pendant la Guerre de Cent Ans. Depuis 1360, à la suite du traité de Brétigny, la ville est sous domination anglaise. Mais en 1372, la population rochelaise se soulève et appelle Charles V à l’aide. Le roi envoie son connétable, Bertrand du Guesclin, mener une vaste opération de reconquête. Avec le soutien d’une flotte castillane, les Français assiègent la ville et bloquent le port, coupant les Anglais de tout renfort. Isolés, ces derniers finissent par capituler, et La Rochelle repasse sous contrôle français. Achevée en 1376, la tour Saint-Nicolas est conçue comme un véritable donjon militaire. Haute de 42 mètres, elle abrite un capitaine et une garnison chargés de contrôler l’entrée du port et de protéger la ville des invasions. À ses côtés, une deuxième tour est édifiée : la tour de la Chaîne. Une immense chaîne en fer est tendue entre les deux, empêchant les navires d’entrer sans autorisation. Désormais définitivement rattachée à la couronne de France, la tour Saint-Nicolas devient un symbole de la puissance maritime rochelaise. Plus qu’une simple défense, elle incarne l’autorité royale sur un port devenu essentiel aux échanges commerciaux et militaires du royaume.
La tour Saint-Nicolas au cœur des batailles de La Rochelle
Au fil des siècles, la tour Saint-Nicolas est le témoin de plusieurs conflits majeurs qui marquent l’histoire de la ville.
Le Grand Siège de La Rochelle : la chute d’un bastion protestant
Le cardinal de Richelieu au siège de La Rochelle (tableau de Henri-Paul Motte, 1881).
Au début du XVIIe siècle, La Rochelle est un bastion du protestantisme en France. Face à cette indépendance religieuse et politique, le roi Louis XIII et son ministre, le cardinal de Richelieu, décident de mettre la ville à genoux.
En 1627, les troupes royales assiègent La Rochelle. Richelieu fait construire une digue gigantesque de 1,5 km à l’entrée du port, empêchant tout ravitaillement par la mer. Pendant treize mois, les Rochelais résistent, mais la famine finit par les terrasser. Sur 28 000 habitants, seuls 5 000 survivent. La ville capitule en octobre 1628, et Louis XIII ordonne la destruction des fortifications, mais épargne la tour Saint-Nicolas, qui passe sous contrôle royal.
La Fronde transforme la tour en forteresse rebelle
Vingt ans plus tard, en 1651, La Rochelle est secouée par un autre conflit : la Fronde, une révolte des nobles contre Louis XIV. Le comte du Daugnon, gouverneur de l’Aunis, se rallie aux frondeurs et s’empare de la tour Saint-Nicolas, transformant l’édifice en forteresse retranchée.
Les troupes royales, dirigées par Henri de Lorraine, comte d’Harcourt, ripostent. Le 15 novembre 1651, les canons du roi bombardent la tour, infligeant de lourds dégâts. Le dernier étage et le toit en poivrière s’effondrent sous les tirs. Acculés, les hommes du comte du Daugnon menacent de faire exploser les réserves de poudre, mais leur chef est capturé avant de passer à l’acte. La tour est reprise par les troupes du roi, qui la conservent sous contrôle militaire.
Un lieu de détention redouté
Illustration de Juste Lisch en 1864 qui représente, les tours du Vieux-Port de La Rochelle avant qu'elles ne soient endommagées.
Après avoir perdu son rôle défensif, la tour Saint-Nicolas devient une prison. Sous Louis XIV, elle sert à enfermer les protestants récalcitrants après la révocation de l’Édit de Nantes (1685). Plus tard, sous la Révolution française (1793-1795), elle accueille les insurgés vendéens, opposants au nouveau régime.
Avec le déclin des guerres et des révoltes, la tour perd progressivement son rôle défensif et pénitentiaire, mais son importance historique la sauve de l’oubli. Ces murs chargés d’histoire portent encore les traces de ces captivités. Graffitis, symboles et inscriptions témoignent du passé carcéral de l’édifice.
Le sauvetage d’un monument emblématique
Vue du port de La Rochelle, par Claude Joseph Vernet au Musée du Nouveau Monde à La Rochelle, 1763.
À la fin du XIXe siècle, l’architecte Juste Lisch entreprend une restauration majeure pour redonner à la tour son éclat d’antan. Il rétablit les créneaux et les mâchicoulis, restaurés entre 1884 et 1888. Au XXe siècle, sous l’impulsion d’Albert Ballu, les travaux se poursuivent pour stabiliser la structure. Mais la tour subit encore des épreuves : durant la Seconde Guerre mondiale, elle est occupée par l’armée allemande.
Après-guerre, une campagne de consolidation est menée entre 1952 et 1956, puis une autre entre 2013 et 2015, garantissant sa préservation pour les générations futures. Mais avec le temps, l’édifice révèle de nouvelles fragilités : fermée au public depuis 2024, la tour fait actuellement l’objet d’un vaste chantier de restauration pour consolider ses fondations. Sa réouverture n’est pas attendue avant 2030, une pause nécessaire pour assurer la pérennité de ce gardien de pierre, symbole du patrimoine rochelais. Malgré cette pause forcée, la tour Saint-Nicolas continue de régner sur le Vieux-Port, témoin séculaire de l’histoire de La Rochelle. Tous attendent avec impatience le jour où elle rouvrira ses portes, prête à dévoiler ses secrets et à perpétuer, encore et toujours, la mémoire maritime et guerrière de la cité rochelaise.
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