
Le Vieux Bassin de Honfleur : un port sauvé des eaux
Vieux Bassin Honfleur Calvados
Honfleur et son Vieux Bassin ont traversé les siècles, de l'époque médiévale à aujourd'hui, en passant par les grandes heures du commerce maritime et la menace de disparition après la Seconde Guerre mondiale. De port fortifié à bassin à flot sous l’impulsion de Colbert, il est aujourd’hui un incontournable du patrimoine normand. Retour sur l’histoire fascinante de ce site emblématique.
L'HISTOIRE EN BREF
Le port d'Honfleur et son vieux bassin
Gravure « Le Port Vieux d’Honfleur ». Vu du fond, derrière les Écluses entre 1787 et 1789
Dès le XIe siècle, Honfleur, alors nommé Honneflew, est mentionné comme un havre d’échouage, un port rudimentaire où les navires viennent s’échouer à marée basse pour charger et décharger leurs marchandises. Son emplacement, à l’embouchure de la Seine, en fait un site stratégique pour le commerce et la navigation entre l’Angleterre et la Normandie. Guillaume le Conquérant, conscient de son importance, l’intègre à ses terres et le confie à l’un de ses vassaux. Avec le temps, la ville se fortifie pour protéger ses activités maritimes et commerciales, érigée en bastion contre les invasions et les pillages.
À la fin du Moyen Âge, Honfleur devient un port de guerre et d’exploration. Il joue un rôle essentiel lors des conflits entre la France et l’Angleterre, tout en développant des échanges commerciaux. Mais malgré cette importance, son bassin trop étroit et son ensablement progressif limitent son développement. L’essor du commerce transatlantique au XVIIe siècle impose alors une modernisation radicale. En 1668, Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, envoie Abraham Duquesne pour transformer ce port vieillissant en un véritable pôle maritime. La décision est radicale : les fortifications sont détruites, et un bassin à flot, permettant de garder les navires en eau indépendamment des marées, est construit entre 1681 et 1684.
Un port de commerce pas toujours équitable
« Les Deux Sœurs », navire négrier français de 280 tonneaux et 14 canons, construit au chantier naval André-François Normand d’Honfleur en 1782.
Avec son bassin à flot, Honfleur connaît un développement spectaculaire aux XVIIe et XVIIIe siècles. Son port se spécialise dans la pêche à la morue et au hareng, qui alimente le commerce local et international. Les navires partent pour Terre-Neuve, où la pêche est particulièrement prospère. En parallèle, la ville devient un point de départ stratégique pour les grandes expéditions. C’est depuis Honfleur que Samuel de Champlain embarque en 1608 pour fonder Québec, marquant ainsi le début de la colonisation française au Canada. L’activité maritime stimule également l’économie locale, avec la construction de chantiers navals, de salaisons et de magasins à sel, qui assurent l’approvisionnement des équipages et le commerce des produits de la mer.
Cependant, derrière cet essor se cache une réalité plus sombre : la traite négrière. Entre 1783 et 1791, Honfleur devient le 7ᵉ port négrier français, organisant 142 expéditions et participant à la déportation de 50 000 captifs africains. À cette époque, le commerce triangulaire repose sur un cycle infernal : les navires quittent Honfleur chargés de marchandises, échangent ces produits contre des esclaves en Afrique, puis reviennent avec du sucre, du café et du coton des colonies américaines. Cette activité, bien que lucrative, ne suffit pas à maintenir Honfleur au premier rang des ports français. Au XIXe siècle, la montée en puissance du Havre, doté d’infrastructures modernes et d’un accès plus aisé aux grands navires, provoque le lent déclin commercial du Vieux Bassin, qui se voit peu à peu relégué aux activités de cabotage et de pêche côtière.
La disparition du vieux bassin évitée de justesse
Le quai Sainte-Catherine à Honfleur, photographié vers 1885
Avec la perte de son rôle commercial majeur, le port de Honfleur entre dans une période d’oubli. Après la Seconde Guerre mondiale, il est laissé à l’abandon et totalement envasé, rendant la navigation impossible. En 1947, face à son état critique, un projet est proposé pour combler le bassin et transformer la zone en lotissement immobilier. L’annonce choque profondément la population locale et suscite une mobilisation sans précédent. Pour dénoncer ce projet absurde, des manifestations satiriques sont organisées, dont une où l’on installe des vaches en carton dans le bassin pour illustrer son état et l’inéluctable disparition du port si rien n’est fait.
Grâce aux efforts du maire Maurice Delange, une opération de désenvasement est entreprise en 1948, permettant de sauver le Vieux Bassin. Dans les années 1970, une restauration est menée pour préserver son cachet historique : les quais sont réaménagés, le stationnement des voitures est supprimé, et le site est rendu aux promeneurs. Aujourd’hui, le Vieux Bassin est devenu un port de plaisance prisé et l’un des lieux les plus photographiés de Normandie. Son quai Sainte-Catherine, bordé de maisons hautes aux façades en ardoise, est classé monument historique et abrite de nombreuses galeries d’art. Il a inspiré les peintres impressionnistes, tels qu’Eugène Boudin, Gustave Courbet et Claude Monet, qui ont immortalisé ses reflets changeants au fil des saisons. Symbole du patrimoine maritime normand, le Vieux Bassin est aujourd’hui un incontournable de Honfleur, témoin vivant de son passé glorieux.
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