
Le haras national du Pin : l’histoire du « Versailles du cheval »
Le Vieux Bourg Le Pin-au-Haras Orne
En Normandie, le haras national du Pin, souvent qualifié de « Versailles du cheval » par les amateurs d’équitation et les historiens, est l'un des joyaux du patrimoine équestre français. Fondé en 1715 sous l'impulsion de Louis XIV, il incarne la volonté royale de développer un centre d'excellence consacré à l'élevage et à la sélection des meilleures lignées de chevaux. Aujourd'hui encore, ce site exceptionnel allie histoire, architecture et traditions équestres.
L'HISTOIRE EN BREF
Le "Versailles du cheval"
Grille d'honneur, Cour Royale Colbert et château du Haras National du Pin
Au tournant du XVIIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, la France cherche à optimiser sa production de chevaux, pour répondre aux besoins de l'armée et de l'agriculture. Pour remédier à cette situation et réduire la dépendance aux importations, Colbert crée en 1665 l'administration des haras royaux, afin d'améliorer les races équines françaises. Le premier haras royal, installé à Saint-Léger-en-Yvelines, près de Versailles, ne remplit pas pleinement ses objectifs en raison de la qualité insuffisante des pâturages. Face à cette situation, François Gédéon de Garsault, grand écuyer du roi, est chargé de trouver un site plus adapté. Son choix se porte sur les terres fertiles du Buisson d'Exmes, en Normandie, où l'abondance de prairies et la qualité des ressources en eau offrent des conditions idéales pour l'élevage. La construction du haras débute en 1715 sous la direction de Robert de Cotte, premier architecte du roi, qui conçoit un ensemble inspiré des écuries royales de Versailles, avec une architecture symétrique et une cour d’honneur imposante. Pierre Le Mousseux, ingénieur du roi, est également chargé du projet et conçoit un ensemble architectural en fer à cheval autour d'une vaste cour d'honneur. Après la mort de Louis XIV, son successeur Louis XV poursuit le développement du projet, renforçant son rôle stratégique dans l’élevage équin.
Les premiers étalons arrivent en 1717, marquant le début d'une longue tradition d'excellence équestre. Le haras devient rapidement une institution de référence, attirant des experts et des éleveurs venus de toute l'Europe. Le Haras national du Pin doit son surnom de "Versailles du cheval" à Jean de La Varende, écrivain normand du XXe siècle, en référence à son rôle central dans l’histoire de l’élevage équin et son rayonnement international. Un écrivain qui s’appuie sur des éléments marquants : la cour d’honneur en forme de fer à cheval, les façades en brique rouge et pierre calcaire, ou encore un domaine paysager de plus de 1 000 hectares aux perspectives symétriques rappelant le faste du château de Versailles.
Le Haras du Pin et l’innovation de l’élevage équestre
« Proportions géométrales du cheval », planche extraite des « Éléments d’hippiatrique » de Claude Bourgelat vers 1750.
Dès sa création, le Haras du Pin ne se contente pas de produire des chevaux : il devient un centre de recherche et d’innovation dans l’élevage équestre. Sous Louis XV, il perfectionne les lignées en intégrant des races prestigieuses comme le pur-sang anglais et l'anglo-arabe. L’objectif est de fournir à l’armée et aux activités agricoles des montures plus robustes et endurantes. Grâce à des techniques de sélection rigoureuses et un encadrement méthodique, le Haras du Pin s’impose rapidement comme une référence en Europe, attirant les plus grands spécialistes de l’élevage.
Toutefois, la Révolution française marque une rupture brutale dans son développement. En 1790, l’abolition des haras royaux entraîne la dispersion des effectifs et menace la pérennité du site. Grâce à la mobilisation de défenseurs locaux, une partie des installations est préservée, mais l’institution perd en influence. Napoléon Ier, conscient de l’importance des chevaux pour son armée, rétablit officiellement les haras nationaux en 1806, redonnant au Haras du Pin son rôle central dans l’amélioration des lignées équines. Sous Napoléon III, le site connaît un nouvel âge d’or : modernisation des infrastructures, développement de formations pour les éleveurs, et affirmation de son rôle clé dans la création du trotteur français. Des compétitions équestres sont organisées pour tester la performance des chevaux, renforçant encore la réputation du Haras du Pin comme un modèle d’excellence dans le domaine équestre.
Un patrimoine qui traverse les époques
Deux juments percheronnes franchissant le gué de l'épreuve de marathon. Finale du championnat de France d'attelage 1999, au Haras national du Pin
Malgré les bouleversements de l'histoire, le Haras national du Pin a su traverser les époques. Après son rôle essentiel sous Napoléon, le site poursuit ses activités au fil du XIXe siècle, s’adaptant aux évolutions du monde équestre. Toutefois, il est marqué par plusieurs périodes d'occupation. Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, le haras est envahi par les troupes prussiennes, qui y prélèvent des chevaux destinés à leurs propres besoins militaires. À partir de la fin du XIXe siècle, l’essor des transports mécaniques transforme progressivement l'utilisation du cheval dans l’armée. Du moins jusqu'à la Première Guerre mondiale, quand de nombreux chevaux élevés au haras sont réquisitionnés pour servir sur les champs de bataille. Ce conflit va démontrer pour la dernière fois, le rôle stratégique du cheval, essentiel au transport des troupes et à la logistique militaire, avant que la mécanisation ne transforme définitivement son usage.
Écuries du haras national du Pin le 11 octobre 1965
Durant la Seconde Guerre mondiale, le haras subit une nouvelle occupation, cette fois par les forces allemandes qui utilisent les installations à des fins militaires. Après le conflit, le Haras du Pin devient un centre de formation et de promotion des métiers équestres, contribuant au développement du secteur hippique en France. Aujourd'hui classé Monument historique, le Haras national du Pin poursuit sa mission en accueillant des formations, des expositions et une centaine de compétitions par an. Les Jeudis du Pin, rendez-vous incontournable, mettent en valeur les plus belles races de chevaux et perpétuent une tradition équestre de plusieurs siècles. Bien plus qu’un vestige du passé, le Haras national du Pin reste un lieu vivant, attirant chaque année des milliers de passionnés et visiteurs venus découvrir un savoir-faire équestre unique, mêlant tradition et modernité. Ainsi, trois siècles après sa fondation, le Haras national du Pin continue de faire vivre son histoire, en perpétuant un savoir-faire équestre unique, qui a su traverser les générations.
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