
Paris-Rouen 1894 : la naissance de la course automobile
Bd Gambetta Rouen Seine-Maritime
La course Paris-Rouen de 1894 est la première compétition automobile de l’histoire. Organisée par Le Petit Journal, elle n’est pas une simple démonstration de vitesse, mais un concours d’innovation qui annonce l’essor de l’industrie automobile. Entre moteurs à vapeur et explosion, pionniers téméraires et routes poussiéreuses, revivez cette épopée mécanique qui marqua le début du sport automobile.
L'HISTOIRE EN BREF
Paris-Rouen 1894 : une course de voitures sans chevaux
Une du Petit Journal du 6 août 1894, montrant Louis Rigoulot dans sa Peugeot au départ de la course Paris-Rouen.
À la fin du XIXe siècle, l’automobile n’est encore qu’une curiosité expérimentale. Les rues sont dominées par les chevaux et les tramways, tandis que l’idée d’un véhicule motorisé suscite autant de fascination que de scepticisme. Pourtant, Pierre Giffard, journaliste au Petit Journal, perçoit le potentiel de ces "voitures sans chevaux". Visionnaire et passionné par les progrès techniques, il organise cette course non pas comme un simple affrontement de vitesse, mais comme un concours de fiabilité et d’innovation, un véritable "concours des voitures sans chevaux" où la performance se mesure en termes de sécurité, de commodité et d’accessibilité. En plus de marquer une avancée technique, cette compétition sert aussi d'opération médiatique ambitieuse. Avec cette première course automobile, Le Petit Journal ne se contente pas de captiver son lectorat : il associe son nom à une avancée révolutionnaire. En soutenant cet événement, il s’impose comme un acteur incontournable du progrès. L’événement repose sur une devise claire : "être sans danger, aisément maniable pour les voyageurs et de ne pas coûter trop cher sur la route." Cette philosophie vise à démontrer que ces machines peuvent être sûres, pratiques et accessibles.
Le journaliste Pierre Giffard organisateur du Paris Rouen.
Contrairement aux courses modernes, le temps réalisé ne compte pas. Chaque voiture embarque un juge indépendant, chargé d’évaluer la maniabilité, la sécurité et l’économie d’utilisation plutôt que la vitesse. Cette approche inédite fait de la course Paris-Rouen un véritable banc d’essai pour l’industrie automobile naissante. À cette époque, les journaux rivalisent d’ingéniosité pour captiver leurs lecteurs et booster leurs ventes. En lançant la première course automobile, le quotidien parisien s’assure une couverture médiatique exceptionnelle, tout en associant son nom à une innovation majeure. L’annonce de la course attire 102 candidats, mais seuls 21 véhicules réussissent les éliminatoires pour prendre le départ le 22 juillet 1894. Parmi eux, une diversité étonnante de technologies : voitures à vapeur, essence, électricité et même à air comprimé. Une bataille s’engage entre les grands noms de l’époque, dont Panhard & Levassor, Peugeot et De Dion-Bouton.
Une épopée mécanique sous les yeux d'un public ébahi
Course Paris-Rouen en 1894, sur la route de Triel à Meulan - L'Univers Illustré du 28 juillet 1894
Dès l’aube, la Porte Maillot à Paris est en effervescence. 30 000 spectateurs assistent au départ, curieux de voir ces drôles de machines s’élancer sur les routes poussiéreuses. À 8h00, les concurrents démarrent toutes les 30 secondes, direction Rouen. L’enthousiasme populaire est immense : des milliers de badauds se massent le long du parcours, certains aidant même les équipages en difficulté à sortir de fossés ou à pousser des véhicules en panne. Très vite, le tracteur à vapeur De Dion-Bouton, piloté par Jules-Albert de Dion, prend la tête, dominant les voitures à essence. Son moteur puissant lui permet de distancer rapidement ses concurrents, mais son poids le rend difficile à manœuvrer sur les routes cabossées. À l’inverse, les véhicules à essence de Panhard & Levassor et Peugeot se faufilent plus aisément, offrant une vision contrastée des technologies en compétition. La route est semée d’embûches : les moteurs surchauffent, les pneus éclatent, les pannes sont fréquentes. Les pavés de la banlieue parisienne et les chemins de terre normands mettent à rude épreuve ces engins encore en phase expérimentale. Certains conducteurs doivent s’arrêter pour réparer en pleine course, utilisant des outils rudimentaires pour ajuster des pièces mécaniques sous le regard amusé des passants.
À Mantes-la-Jolie, la pause déjeuner imposée est une véritable scène de spectacle. Les concurrents en profitent pour vérifier leurs machines, pendant que la foule s’amasse autour d’eux, posant des questions et observant ces inventions futuristes. Certains véhicules ont déjà abandonné, trahis par une mécanique encore fragile. En reprenant la route, la tension monte.
La Peugeot N°30 conduite par Gratien Michaux le 22 juillet 1894 dans les rue de Mantes.
À Vernon, un virage serré manque de provoquer un accident entre deux véhicules, tandis qu’un moteur à vapeur explose en plein effort, projetant un nuage de fumée impressionnant. Malgré ces défis, les plus résistants continuent leur progression vers Rouen. Après 5h40 d’efforts, De Dion-Bouton arrive le premier sur l'esplanade du Champ de Mars à Rouen, accueilli par une foule en liesse, acclamant ces nouvelles machines qui annoncent une révolution des transports. Les spectateurs se pressent autour des véhicules, observent avec fascination ces machines révolutionnaires ayant bravé routes chaotiques et défis techniques. Les officiels du concours s’affairent immédiatement à vérifier les critères du règlement, scrutant chaque détail avant d’annoncer les résultats. Mais le verdict tombe : le triomphe de De Dion-Bouton est éphémère.
Le comte Albert de Dion sur son tracteur à vapeur De Dion, Bouton lors de l’arrivée à Rouen. Bien qu’étant arrivé 1er, le véhicule est disqualifié.
Son véhicule, bien que le plus rapide, est disqualifié en raison de son moteur à vapeur, dont le temps de chauffe trop long et la gestion complexe le rendent inadapté aux critères du concours. Le jury privilégie des véhicules plus simples et plus pratiques pour l’avenir. Il est donc disqualifié, et la victoire revient à Panhard & Levassor, avec Émile Levassor au volant, et Peugeot, représenté par Albert Lemaître.
Le N°65 d’Albert Lemaître sur Peugeot, second de la course Paris-Rouen 1894, mais finalement déclaré vainqueur.
Le jury décide d’attribuer le premier prix de 5 000 francs (environ 200 000 euros) à ces deux constructeurs, non pour leur vitesse, mais pour la fiabilité et la maniabilité de leurs véhicules à moteur à explosion, jugés les plus prometteurs pour l’avenir de l’automobile.
La première course automobile qui a lancé le sport mécanique
Dessin en hommage au Paris-Rouen 1894 du « Petit Journal », paru dans « Le Véloce Sport » du 26 juillet 1894.
La course Paris-Rouen 1894 est bien plus qu’un simple événement : elle marque le véritable point de départ du sport automobile. Ce jour-là, le monde découvre la puissance et l’efficacité des voitures motorisées, amorçant la transition vers une société où l’automobile remplacera progressivement la traction animale. Ce succès ouvre la voie à d’autres compétitions. Dès 1895, la course Paris-Bordeaux-Paris inaugure la notion de vitesse dans les compétitions, tandis que des constructeurs comme Panhard, Peugeot et Daimler investissent massivement dans le perfectionnement de leurs véhicules.
L’idée d’une course automobile chronométrée et structurée se développe, menant quelques décennies plus tard aux grandes épreuves que nous connaissons aujourd’hui, comme les 24 Heures du Mans ou la Formule 1. Paris-Rouen, avec ses véhicules bringuebalants et ses routes imprévisibles, restera dans l'histoire comme la première course automobile. Un jour où, pour la première fois, l’humanité a vu l’avenir se dessiner sur quatre roues. Ce concours posa la première pierre d’une révolution : celle d’un monde où l’automobile allait s’imposer comme un symbole de liberté, d’innovation et de performance, ouvrant la voie aux grandes compétitions automobiles du XXe siècle et à l'ère moderne du sport mécanique.
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