
La catastrophe de Saint-Gervais : la nuit où le glacier s’est effondré
VPX4+6J Saint-Gervais-les-Bains Haute-Savoie
Dans la nuit du 12 au 13 juillet 1892, un désastre frappe la station thermale de Saint-Gervais-les-Bains. Une poche d’eau sous-glaciaire cachée dans le glacier de Tête-Rousse explose, libérant une avalanche de boue, de glace et de roches. En quelques minutes, les thermes de Saint-Gervais et plusieurs villages sont anéantis, emportant près de 200 vies. Retour sur la catastrophe de Saint-Gervais, l’une des pires tragédies naturelles de l’histoire des Alpes.
L'HISTOIRE EN BREF
La menace invisible d'un glacier sous pression
Saint-Gervais-Les-Bains avant la catastrophe de 1892
À la fin du XIXe siècle, Saint-Gervais-les-Bains est une station thermale prisée, nichée au cœur des Alpes savoyardes. Ses bains, situés dans une gorge encaissée, attirent curistes et voyageurs venus profiter des bienfaits de ses eaux chaudes. Au-dessus, le glacier de Tête-Rousse, accroché aux pentes du mont Blanc, semble immobile et inoffensif. Pourtant, sous cette masse de glace, une énorme poche d’eau s’est lentement formée, prisonnière d’une couche imperméable qui empêche son écoulement naturel.
L’été 1892 est particulièrement chaud. La fonte des glaciers s’accélère, saturant la montagne d’eau et augmentant la pression sur cette cavité cachée. Personne ne sait qu’une bombe à retardement est en train de se former. Les habitants vaquent à leurs occupations, inconscients du drame qui va se jouer dans l’obscurité de la nuit.
La nuit où Saint-Gervais fut engloutie
Une du journal "le Monde Illustré" du 23 juillet 1892, sur la catastrophe de Saint-Gervais
Aux alentours de 2 heures du matin, un grondement sourd secoue la montagne. Un bruit terrifiant, semblable à un orage en plein ciel d’été, réveille en sursaut les habitants de la vallée. Puis, soudain, le glacier cède. Une lave torrentielle jaillit du glacier de Tête-Rousse, libérant en un instant 200 000 mètres cubes d’eau, de glace et de boue. La masse liquide dévale la pente à une vitesse vertigineuse, dévastant tout sur son passage. Le torrent du Bon-Nant, incapable de contenir ce flot, déborde et s’étale dans la vallée.
Thermes de Saint-Gervais après la catastrophe naturelle du 12 juillet 1892.
Les thermes de Saint-Gervais, où dorment plusieurs dizaines de curistes et employés, sont instantanément engloutis. Les bâtiments sont pulvérisés, les murs arrachés par la force du courant. À Bionnay et au Fayet, des maisons entières sont balayées, emportées sur plusieurs kilomètres. Les survivants décrivent un spectacle apocalyptique. Certains, réveillés en sursaut, n’ont que quelques secondes pour fuir avant d’être emportés par les flots boueux. Les ponts s’effondrent, des troncs d’arbres et des blocs de glace de plusieurs tonnes s’entrechoquent dans un vacarme assourdissant. Certains corps sont retrouvés jusqu’à 120 km en aval, sur les rives du Rhône. En quelques minutes, 175 à 200 vies s’éteignent, prises au piège de cette vague de destruction. Des familles entières furent surprises dans leur sommeil, emportées sans avoir eu le temps de fuir. Certains survivants racontent avoir vu des maisons flottant dans les flots déchaînés, arrachées à leur fondation comme de simples brindilles.
Un glacier sous haute surveillance
En contrebas, le glacier de la "Tête rousse" en 2015
Lorsque le jour se lève, la vallée de l’Arve n’est plus qu’un champ de ruines. Le sol est recouvert d’une épaisse couche de limon et de gravats, là où s’élevaient autrefois des maisons et des infrastructures. Joseph Vallot, directeur de l’Observatoire du Mont-Blanc, arrive sur place pour comprendre l’origine du désastre. En remontant le glacier, il découvre une énorme cavité béante, preuve qu’un lac sous-glaciaire caché s’était formé avant de céder sous la pression. Dans les années qui suivent, les scientifiques se mobilisent. Le glacier de Tête-Rousse est mis sous surveillance, et en 1900, des travaux de drainage sont entrepris pour éviter qu’un nouveau lac ne se reforme. Depuis, le glacier fait l’objet d’une surveillance continue, et des opérations régulières permettent de prévenir toute nouvelle catastrophe.
Depuis 2010, la surveillance du glacier de Tête-Rousse s’est intensifiée après la découverte d’une nouvelle poche d’eau. Plusieurs pompages ont été réalisés entre 2010 et 2012 pour réduire le risque d’un nouvel écoulement catastrophique. Désormais, le glacier est équipé d’un système d’alerte automatique comprenant capteurs sismiques, sirènes et dispositifs de surveillance radar et satellite. Si le glacier perd en épaisseur, il contient encore environ 70 mètres de glace en son centre, ce qui signifie que le risque d’un effondrement n’est pas totalement écarté. Les scientifiques suivent de près l’évolution de sa température et la formation de nouvelles cavités d’eau. Grâce à cette vigilance accrue, la vallée de Saint-Gervais est aujourd’hui mieux protégée contre une nouvelle catastrophe. Cette vigilance est une conséquence directe de la catastrophe de Saint-Gervais, qui demeure aujourd’hui un cas d’école en glaciologie et en gestion des risques naturels. L’histoire de la catastrophe de Saint-Gervais rappelle que, face aux forces de la nature, seule une vigilance constante permettra d’éviter que l’histoire ne se répète.
Note aux lecteurs
Les livres que nous vous proposons à travers l'article sont vendus en affiliation avec nos partenaires commerciaux. Ce sont les commissions que nous touchons sur chaque vente, qui permettent de financer Ystory dans la construction de cette mémoire collective multimédia.
POUR SE REPÉRER
APPEL À CONTRIBUTION
Ce sujet mérite sûrement un article complet !
Vous connaissez son histoire par cœur ?
Alors venez nous la raconter en détail ! Nous vous invitons à rejoindre notre communauté de passionnés, en venant partager vos connaissances sur Ystory. En participant à ce projet, vous contribuerez non seulement à faire vivre l'histoire des sujets qui vous passionnent, mais aussi à enrichir la base de données de notre mémoire collective !