
La tapisserie de Bayeux, l’histoire brodée de Guillaume le Conquérant
13B Rue de Nesmond Bayeux
Véritable chef-d'œuvre du XIe siècle, la tapisserie de Bayeux raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant. Longue de près de 70 mètres, cette broderie exceptionnelle, souvent comparée à une bande dessinée, est bien plus qu’une simple œuvre d’art médiévale, cette tapisserie historique est un témoignage fascinant de l’histoire normande et européenne.
L'HISTOIRE EN BREF
Une œuvre monumentale au cœur de la Normandie
Vision romantique de Mathilde brodant la tapisserie. « La Reine Mathilde travaillant à la Telle du Conquest », toile de 1848 d'Alfred Guillard conservée dans la collection du musée Baron-Gérard de Bayeux
L’histoire de la tapisserie de Bayeux commence dans un contexte de tensions politiques profondes entre la Normandie et l’Angleterre. À la mort du roi Édouard le Confesseur en janvier 1066, une crise de succession éclate. Son beau-frère Harold Godwinson, puissant noble anglo-saxon, s’empare du trône, ignorant un serment prêté quelques années plus tôt à Guillaume, duc de Normandie. Ce dernier, furieux, revendique la couronne qu’il considère comme sienne et se prépare à revendiquer son dû par les armes. Pour cela, il rassemble une imposante armée, sollicitant l’aide de ses alliés normands, bretons et flamands, tout en construisant une flotte pour traverser la Manche. C’est dans ce climat de tension et d’ambition que naît la tapisserie, probablement commandée par Odon de Conteville, évêque de Bayeux et demi-frère de Guillaume.
Mais comment cette œuvre extraordinaire parvient-elle à raconter la conquête normande avec une telle intensité visuelle ? C’est ce que révèle son incroyable narration brodée. Conçue comme un outil de propagande mais aussi comme un chef-d’œuvre artisanal, elle est réalisée selon des techniques de broderie sophistiquées, utilisant du lin et des fils de laine teints en dix couleurs distinctes. Loin d’être une simple illustration de la conquête, elle est aussi un témoignage des savoir-faire médiévaux, où chaque point et chaque motif jouent un rôle narratif précis. Ses scènes minutieusement détaillées, organisées en une frise continue, mêlent éléments historiques, symboliques et artistiques, illustrant non seulement la conquête normande mais aussi des aspects de la société du XIe siècle comme les armes, les vêtements et la construction navale. Plus qu’un récit de guerre, elle constitue une véritable encyclopédie visuelle du monde médiéval.
La conquête d’Angleterre racontée en images
La scène 58 de la Tapisserie de Bayeux
La tapisserie de Bayeux se déploie en 58 scènes détaillées, offrant une reconstitution saisissante des événements qui ont conduit à la bataille d’Hastings, le 14 octobre 1066. Dès les premières images, elle illustre les jeux de pouvoir de l’époque, montrant le roi Édouard le Confesseur envoyant Harold en mission diplomatique auprès de Guillaume. Ce voyage n’est pas anodin : il vise à préparer la succession d’Édouard. Mais une fois rentré en Angleterre, Harold trahit son serment, s’autoproclame roi à la mort d’Édouard et s’attire ainsi la colère de Guillaume. Ce dernier, déterminé à défendre ses droits, lève une puissante armée de 8000 hommes et 1000 navires, bénéficiant du soutien de nombreux seigneurs normands et alliés européens pour entreprendre une invasion sans précédent.
La mort du roi Harold
La bataille d’Hastings est le moment clé du récit. La broderie, avec ses détails précis et ses mises en scène dynamiques, retranscrit la violence et la stratégie du combat. Elle illustre les charges répétées des cavaliers normands contre les solides lignes anglaises formées d’un mur de boucliers. Face à une résistance acharnée, Guillaume fait preuve d’ingéniosité en simulant une retraite, une ruse qui attire les Anglo-Saxons hors de leur position défensive et leur coûte la victoire. Dans l’un des moments les plus célèbres de la tapisserie, Harold est frappé d’une flèche dans l’œil, image devenue symbole de son parjure et de la justice du destin. La dernière scène, incomplète, laisse entrevoir la déroute anglaise, tandis que Guillaume marche triomphalement vers Londres pour être couronné roi d’Angleterre le 25 décembre 1066 à Westminster.
De Bayeux au Louvre : une tapisserie convoitée à travers les siècles
La cathédrale de Bayeux, lieu de conservation de la tapisserie du Moyen-Âge au début du XIXe siècle
Après sa création, la tapisserie est conservée pendant des siècles à la cathédrale de Bayeux, où elle est exposée une fois par an lors de cérémonies religieuses. Sa valeur artistique et historique passe longtemps inaperçue, jusqu'à ce qu’elle échappe de peu à la destruction pendant la Révolution française. Menacée d’être découpée pour servir de bâche aux soldats, elle est sauvée in extremis par un avocat local, Léonard Lambert-Leforestier, qui alerte les autorités de sa valeur patrimoniale. En 1803, Napoléon Bonaparte, voyant en elle un instrument de propagande pour sa propre ambition d’invasion de l’Angleterre, ordonne son transfert à Paris pour une exposition temporaire au Louvre avant de la restituer à Bayeux.
Au XXe siècle, la tapisserie de Bayeux connaît une histoire mouvementée, marquée par les conflits et les enjeux patrimoniaux. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle suscite l’intérêt des nazis, qui y voient une illustration de la suprématie germanique sur l’Angleterre. En 1944, face à l’avancée alliée, elle est déplacée au Louvre, où elle demeure sous surveillance allemande avant d’être récupérée après la Libération et retournée à Bayeux. Depuis 1983, elle est exposée dans un musée spécialement conçu pour sa préservation et son exposition au public. Chaque année, des centaines de milliers de visiteurs viennent l’admirer au musée de la tapisserie de Bayeux, fascinés par cette œuvre d’une richesse historique et artistique exceptionnelle. Son influence dépasse les cercles académiques : considérée comme l’une des premières bandes dessinées de l’Histoire, elle inspire encore aujourd’hui des créations contemporaines, du cinéma à la satire politique. Alors que l’ouverture d’un nouveau musée en Normandie en 2027 promet de renforcer sa mise en valeur, la tapisserie de Bayeux continue de captiver les esprits et d’affirmer son rôle de témoin privilégié de l’histoire normande et européenne.
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